mercredi 29 février 2012

Chiffres

1500 km, 25 heures de route, 4h d'enregistrement audio, 300 photos, 1 paquet de couches culottes, au moins 10 séances de Merlin l'Enchanteur sur l'Ipad, 5 kg de boue sur la voiture, 30 Martisor, 2 ceintures, un poil de fatigue, un grain de folie et un livre dans la ligne de mire.

Plus de photos ici !


Et le plan de notre périple.


Agrandir le plan

mardi 28 février 2012

Titi et le sculpteur

Au bout d'un chemin de neige, au rez-de-chaussée d'un bloc sans âme nous entrons dans l'atelier du sculpteur. Il travaille avec le métal et des pièces de toutes formes attendent sur le sol et les étagères au milieu des outils. Barbe blanche et casquette noire, il travaille au chalumeau. Je suis venue voir sa femme, tricoteuse officielle et émérite de 100%RO. Mais plus que par la mohair et la soie, Eglantine restera subjuguée par le feu. Elle se fige à côté du sculpteur. Hypnotisée, il faudra que je la tire un peu pour réussir à la faire partir. Elle qui veut être créatrice, peut-être choisira-t-elle le métal grâce à cette rencontre ? Ou pas.




Conclusion

J'ai avalé des kilomètres, mangé de la Ciorba de Burta (soupe aux tripes), des patates à tous les repas et de la Smantana sur mes papanach. J'ai accumulé la boue jusqu'au toit de ma voiture, j'ai rayé la peinture, rétrogradé dans les virages. J'ai doublé des camions, croisé des charrettes et évité les nids de poule, enfin, autant que possible. J'ai vu de la neige sous la neige et sous le soleil, en plaine et en montagne.

J'ai essayé de concilier boulot, vacances des filles et tourisme. Même avec ma merveilleuse Elena pour m'aider, c'est pas facile. Mais j'ai vu tous les artisans de 100%RO dans le Maramures. Filer la laine, tailler le bois, manier le crochet ou le métier à tisser, dompter les perles et les fils, les roses d'hiver et les désirs des stylistes, les mains de la Roumanie sont habiles et généreuses. J'ai eu des cadeaux, les filles aussi. Elles ont joué dans la neige, mangé des gâteaux, croqué dans la vie et suivi du mieux possible la curiosité de leur maman. Dans le cimetière joyeux de Sapanta, tâches de rouge et de rose jouant au milieu des croix bleues. Les photos d'Eglantine, les cris d'Hortense, leurs éclats de rire, les disputes, les bobos et les gros câlins.

Demain déjà nous rentrons. Et nous n'aurons pas visité une de ces belles églises en bois du Maramures dont les flèches vertigineuses fendent le ciel. Nous n'aurons pas pris le train de Viseu et ne nous sommes pas arrêtées prendre en photo une de ces nombreuses charrettes tirées par des chevaux décorés de pompons rouges et débordantes de foin. Ni un de ces magnifiques portails de bois sculpté de cordes et de feuillage qui représentent l'arbre de vie.

Et il y a encore tellement d'artisans que je voudrais voir. Le tonnelier, le boulanger, le peintre d'icônes en verre ou le sculpteur de portails.

Alors je reviendrais, c'est certain. Quand la neige aura fondue, chassée par la verdure fraîche et les fleurs du printemps.

Je suis crevée mais tellement heureuse de tout ce que j'ai vu, d'avoir rencontré tant d’artisans passionnés et qui sont une vraie force de la Roumanie d'aujourd'hui en lui conservant son savoir-faire d'hier.

lundi 27 février 2012

Des visages et des mains, artisanat roumain



dimanche 26 février 2012

Vers Baia Mare en passant par le cimetière joyeux


Sighet un dimanche matin d’hiver, c’est glacial. Et pas seulement parce que nous nous sommes réveillées avec de gros flocons de neiges. Les gens nous répondent à contrecœur alors que nous cherchons notre chemin. Les rues sont vides et les seules personnes dehors se hâtent de se rendre à l’église. Nous cherchons à acheter des Martisor pour Eglantine qui veut en offrir à toutes ses amies. Face aux portes et aux visages fermés, nous rebroussons chemin. Nous mettons les bagages dans la voiture et partons pour Sapanta. En finissant de traverser le centre, nous découvrons enfin un marché de Martisoare et Eglantine a enfin son porte-bonheur.

Elle le met autour de son poignet et le soleil arrive. Nous sommes à la sortie de Sighet qui, elle, restera pour nous une ville grise. Eglantine est enchantée de savoir que son porte-bonheur nous a amené le soleil. De son côté Hortense est plongée dans l’Ipad. Elle a très mal dormi, et Elena avec elle. Nous longeons la frontière avec l’Ukraine jusqu’au fameux village du cimetière joyeux.

En effet à Sapanta, le cimetière dégage une vie incomparable, pleine des joies de la campagne du Maramures. Chaque tombe est ornée d’une croix sculptée et peinte de couleurs vives à l’image de celui qu’elle honore, rappelant son métier ou sa passion, agrémentée d’un petit texte. Métiers à tisser, musiciens, bergers, garagiste ou vétérinaire, toutes les activités de la vie du village y sont imagées. On trouve aussi la mort brutale d’une jeune fille visiblement écrasée par une voiture, la représentation de la tuica dévastatrice pour celui qui s’est pris de passion pour elle et la croix de l’homme qui peint la croix.




Au fond du cimetière, des hommes creusent la terre gelée. La mort ne s’arrête pas. Mais elle trouve dans ce cimetière une expression pleine de respect pour ceux qui ont vécu. Le visiteur ne peut qu’être touché d’être accueilli dans la gaité des couleurs des morts. Au milieu du cimetière, une énorme église est en rénovation. Ses cloches attendent d’être mises en place et les échafaudages de bois jurent au milieu de la beauté des tombes. De l’intérieur s’élèvent les chants de la messe dominicale. Les femmes, jeunes et vieilles, portent la jupe traditionnelle à petites fleurs, le foulard sur la tête assorti. Les hommes sont devant, elles sont derrières, plus nombreuses, armée de manteaux noirs à la gloire de Dieu. Et encore cette vie qui sort avec force des chants et des visages qui pourtant me sont si étrangers.

Hortense n’en peut plus. Nous quittons Sapanta pour gagner au plus vite Baia Mare. Elle s’endort dans la voiture et ne se réveille que deux heures après, lorsque nous arrivons. Les distances ne sont pas longues mais la route serpente sans fin, traversant village sur village, sous le soleil ou dans un brouillard à couper au couteau.

Nous nous fixons dans un grand hôtel de la ville neuve. Hortense et Elena restent dans la chambre à se reposer à défaut de dormir. Eglantine et moi prenons un taxi jusqu’au centre historique. Autour d’une grande place à l’esprit baroque, nous déambulons dans les ruelles et jouissons d’un ciel bleu et du soleil illuminant les façades colorées qui égayent la ville. J’ai repéré deux pensions qui ont l’air plus agréables et humaines que l’hôtel où nous sommes. Demain nous déménageons ! Mais ce soir je profite du wifi de l'hôtel pour mettre à jour le blog depuis l'ordinateur.


À toute vapeur

Tellement occupée à vous décrire notre voyage d'hier, j'ai oublié de vous parler de l'attraction principale de Viseu de Sus. Le train à vapeur qui emmène les visiteurs dans la vallée de la Vaser. Aucun regret pour nous ne pas être disponibles pour un départ de bon matin, les conditions météo ne permettent pas le départ du train des bûcherons.

Mais je compte bien revenir à la belle saison et prendre la Mocanita en famille pour découvrir les paysages sauvages de cette vallée inaccessible par route.

Et sur le prospectus disponible dans notre chambre d'hôtel, il semble que des trains spéciaux sont organisés. Pâques, Maramures Brunch, théâtre, pleine lune, festival de rock ou de musique classique, Noël et nouvel an. Je pense que toutes les infos sont disponibles sur leur site internet, www.cffviseu.com.

samedi 25 février 2012

En serpentant dans le Maramures

Drum bun !

La pluie a enfin cessé ce matin. Le soleil perce entre les nuages quand nous chargeons la voiture pour reprendre la route. À Salva nous sommes chaleureusement accueillies par Virginia Linul, la grand-mère aux yeux clairs et au doux sourire. Nous restons plusieurs heures avec les brodeuses de perles avant de prendre la 17C vers le nord pour rejoindre Viseu Sus.

Petit à petit le style des maisons change. Les maisons hongroises à étage disparaissent et les toits en bois se multiplient. En haut d'une longue montée, un portail en bois sculpté marque notre entrée dans le Judet du Maramures.

De prime abord Viseu Sus ne présente qu'un intérêt limité. Cette ville est surtout connue pour vendre du bois dans le monde entier. Dans des camions, dans des charrettes ou des traîneaux tirés par des chevaux ornés des traditionnels pompons rouges portes-bonheur, en longues planches entreposées le long des barrières des maisons, en gros rondins ou petites bûches, le bois est partout.

Ici nous trouvons une pension avec une salle non-fumeur bénéficiant d'une belle baie vitrée, "La Cassa". Puis nous changeons de vallée pour nous rendre à Botiza, plus au sud. Petites routes à nid de poules serpentant au milieu des vallons enneigés, paysages immaculés rythmés par les meules de foins comme autant de chapeaux de pailles, les arbres et de grandes barrières. Nous traversons des villages où les portails de bois sculptés transforment de modestes demeures en monuments paysans et arrivons finalement sur la place principale de Botiza.

Dans le Guide Vert, ce village est annoncé comme un haut lieu de tissage des tapis traditionnels du Maramures. L'église en bois au clocher allongé pointant vers le ciel est aussi silencieuse que la place déserte. Heureusement une voiture vient se garer juste à côté de nous. L'homme qui en sort se met en quatre pour nous trouver une tisseuse et son métier à tisser. Nous prenons la route qui part face à l'église, passons un panneau "Drum calamitat", littéralement "route calamité" (!), et sur le troisième pont à droite nous attend notre tisseuse, avertie par téléphone de notre visite impromptue.

Son métier à tisser occupe quasiment toute la pièce. Elle prend le temps de nous expliquer son métier, ses contraintes et de nous montrer ses tapis, véritables fresques de la vie du Maramures. Nous reprenons la 186 direction Sighetu Marmatiei où nous avons réservé une chambre pour la nuit. La Casa Lurca de Casinesti finit de nous plonger dans l'architecture du Maramures. Les filles peuvent se défouler au rythme des musiques traditionnels de la région grâce à trois musiciens en costume qui animent la soirée. Derrière de lourdes portes, nous entrevoyons des danseurs habillés pour une soirée privée assez chic qui perdent leur souffle sur les danses traditionnelles. Ils tournent et tapent du pied, se perdent et se retrouvent. Tiraillées par la curiosité, nous poussons la porte et les filles sont entraînées dans la danse pour leur plus grand plaisir.

Cette journée à été riche en découvertes, expériences et bons moments. J'ai plein de matière pour mes livres et le catalogue de 100% RO. Demain pas d'artisans, c'est dimanche. Alors nous continuerons notre Drum bun (bonne route !) en poussant jusqu'au cimetière joyeux.

vendredi 24 février 2012

Premières couleurs de l'artisanat roumain

Tête de printemps, bec dans la neige

Aujourd'hui dans la région de Bistrita-Nassaoud c'est Capul Primaveri, la fête de la tête du printemps. Et ce jour là on ne travaille pas, on ne lave, on ne coud pas. Sinon les insectes sortent de terre pour manger les récoltes. Donc, dans la grande maison de Virginia Linul personne ne travaille quand nous arrivons ce matin. Car cette tradition ancestrale est encore bien vivante chez ces spécialistes de la broderie de fils et de perles. Virginia est en Hongrie et c'est sa sœur Maria qui nous ouvre les portes de la grande salle d'exposition. Ici le touriste trouvera des souvenirs de très grande qualité réalisés entièrement à la main. Car Virginia et son équipe ne travaillent pas que pour ceux qui veulent ramener chez eux un peu des beautés de l'artisanat roumain. Les costumes aux blouses brodées, aux gilets et ceintures perlés et aux tabliers de laine colorée, les chimir (ces grosses ceintures de cuir à trois boucles typiques des campagnes roumaines), les colliers de perles, les chaussons de cuir ou les clop (chapeaux de feutre ronds ornés de perles, voire d'une roue de plumes de paon) sont majoritairement produits pour les Roumains. Les ensembles folkloriques bien sûr, mais aussi les particuliers de la région qui portent encore ces costumes traditionnels pour les fêtes religieuses, Noël, Pâque, ou lors des mariages.

Nous voilà donc le bec dans l'eau, ou plutôt dans la neige qui s'est remise à tomber par gros flocons aujourd'hui. Le ciel est bas qui écrase mon courage et la grisaille me gagne comme elle s'étend sur les maisons. Autant faire une sieste avec les filles en attendant une meilleure journée.

Et après ce petit repos, alors que les filles jouent et babillent à côté de moi dans la chambre, je regarde les photos prises ce matin et il en ressort des couleurs fabuleuses qui me réchauffent le cœur. Il faut bien commencer quelque part. J'ai trop souvent tendance à croire que ce sera simple. Nous ne sommes qu'au début de nos recherches et déjà j'ai plein de pistes pour continuer.

Pour ceux qui passeraient par là un jour, n'oubliez de vous arrêter chez le Mestre Popular Virginia Linul, une grosse maison sur la gauche de la route principale du village de Salva, juste après Nassaud. Il y a un panneau bien visible sur le portail et vous trouverez toujours quelqu'un pour vous ouvrir la porte.