J'ai avalé des kilomètres, mangé de la Ciorba de Burta (soupe aux tripes), des patates à tous les repas et de la Smantana sur mes papanach. J'ai accumulé la boue jusqu'au toit de ma voiture, j'ai rayé la peinture, rétrogradé dans les virages. J'ai doublé des camions, croisé des charrettes et évité les nids de poule, enfin, autant que possible. J'ai vu de la neige sous la neige et sous le soleil, en plaine et en montagne.
J'ai essayé de concilier boulot, vacances des filles et tourisme. Même avec ma merveilleuse Elena pour m'aider, c'est pas facile. Mais j'ai vu tous les artisans de 100%RO dans le Maramures. Filer la laine, tailler le bois, manier le crochet ou le métier à tisser, dompter les perles et les fils, les roses d'hiver et les désirs des stylistes, les mains de la Roumanie sont habiles et généreuses. J'ai eu des cadeaux, les filles aussi. Elles ont joué dans la neige, mangé des gâteaux, croqué dans la vie et suivi du mieux possible la curiosité de leur maman. Dans le cimetière joyeux de Sapanta, tâches de rouge et de rose jouant au milieu des croix bleues. Les photos d'Eglantine, les cris d'Hortense, leurs éclats de rire, les disputes, les bobos et les gros câlins.
Demain déjà nous rentrons. Et nous n'aurons pas visité une de ces belles églises en bois du Maramures dont les flèches vertigineuses fendent le ciel. Nous n'aurons pas pris le train de Viseu et ne nous sommes pas arrêtées prendre en photo une de ces nombreuses charrettes tirées par des chevaux décorés de pompons rouges et débordantes de foin. Ni un de ces magnifiques portails de bois sculpté de cordes et de feuillage qui représentent l'arbre de vie.
Et il y a encore tellement d'artisans que je voudrais voir. Le tonnelier, le boulanger, le peintre d'icônes en verre ou le sculpteur de portails.
Alors je reviendrais, c'est certain. Quand la neige aura fondue, chassée par la verdure fraîche et les fleurs du printemps.
Je suis crevée mais tellement heureuse de tout ce que j'ai vu, d'avoir rencontré tant d’artisans passionnés et qui sont une vraie force de la Roumanie d'aujourd'hui en lui conservant son savoir-faire d'hier.
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mardi 28 février 2012
samedi 12 novembre 2011
TELLusVision a vu 100% RO...
...et cite la Cafetière. Deux bonnes raisons d'aller y faire un tour. Et si vous aviez besoin d'une autre bonne raison, sachez que vous y verrez d'autres photos, pour en avoir encore plus plein les yeux !
TELLusVISION par Karianne.
And for those who don't speak French, it's also in English !
TELLusVISION par Karianne.
And for those who don't speak French, it's also in English !
vendredi 11 novembre 2011
Manuela
Robe en jersey de soie céladon drapé infini grés, hanches et épaulettes rehaussées, conjuguée à un gilet bucovinien brodé main, agrémenté de Dihor.
Bottes en cuir menthe métallique, talons infinis lingots d’or.
Gants bouts de doigts et bras longs dans le même état.
Bagues métacarpiennes aux chutes infinies de perles.
Préjugés
Partir entre copines avec Eglantine et son amie Yael. Prendre place dans le salon vert du rez-de-chaussée de la Résidence de l’Ambassadeur de France. Ambiance hivernale. La forêt est dans la maison. Les arbres d’un blanc de neige ont perdu leurs feuilles. Les hôtesses portent des robes en maille noire avec des tours de cou en maille sertis de broderies chamarrées. Simple et magnifique.
Attendre deux heures. Les filles ont été impeccables. Quelques personnes quittent la salle.
22h. "Préjugés", le défilé, commence. Dehors une neige de polystyrène nous plonge dans l’hiver des Carpates. Lena fait son entrée. Les visages crispés par l’attente se détendent instantanément. Les silhouettes semblent sortir d’un long rêve, le pas hésitant, perchées sur leurs talons infinis. Comme la naissance d’un nouvel être après une longue gestation. Petit à petit les femmes prennent de l’assurance. Le regard se fixe, l’allure s’accélère. Les vestes tombent, découvrant le travail fabuleux de ces artisans roumains qui clôtureront le défilé aux bras des mannequins.
Les couleurs se balancent au rythme du déhanchement des modèles. Les cascades de perles végétales du kilt en mousseline de Gabriela, la jupe cirque de Valeria, les reflets solaires d’Irina.
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GABRIELAKilt noir chamarré de chutes végétales en perles brodées main. Blouse Henri VIII en lainage bleu marine, rayures tennis, rehaussée dune constellation de perles caviar. Escarpins ceinture berger en cuir rouge, talons infinis lingot d’or. VALERIAGilet bucovinien bordé d’astrakan sombre, porté sur une blouse Henri VIII imprimée Magheru, jupe cirque améthyste brodée de chutes de perles dungi rouge et or. Couvre-chef Sibiu en feutre rouge à cocarde et gants courts en cuir améthyste. Bottes moucharabieh en cuir rouge. |
Le public applaudit. Il découvre avec admiration le travail immense qui a été accompli, la richesse des idées de Philippe Guilet et de son équipe. Les appareils photo sont sortis pour immortaliser cette ambiance et cette œuvre. En emporter un petit morceau avec soi.
Entre temps Eglantine et Yael ont été aimantées par les billes de polystyrène qui entraient en flot continu grâce à un courant d’air sous la porte juste en face de nous. J'ai tout de même réussi à en sortir Eglantine pour qu’elle voit Bucarestina, la robe câble, à l’image des fils électriques qui couvre les poteaux de Bucarest. Elle a adoré. Moi aussi.
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BUCARESTINARobe fourreau bustier en lamé cuivre recouvert d'un voile de mousseline sombre, emprisonnée d'une succession de câbles en mousseline sombre, réchauffée de jambières en organza craquant noir lacées dos. Gants bouts de doigts et bras longs en pongé noir. Petit pas pour escarpin en vernis noir, talons infinis bani. Capeline d'hiver en mousseline noir et câble. |
Cependant pour deux petites filles de six ans, Irina reste le clou du spectacle, projetant de ses innombrables perles brodées une lumière solaire qui fera briller leurs yeux écarquillés.
Dans ce vent de folie qui a pris possession de l’Ambassade de France, la mariée passe comme une bourrasque de vent enneigé au bras de Philippe. Le défilé est fini. Le public ne se lève pas de suite. Comme si cette magie ne pouvait prendre fin.
Mais déjà les serveurs se pressent avec leurs plateaux de boissons et de toasts au foie gras. Les télés font des interviews. Les impressions s’échangent et chacun serre contre soi le petit sac dans lequel se trouvent le dossier de presse et un superbe crayon à papier en bois sculpté. Conçu comme un napperon traditionnel plié en quatre, garni de superbes photos, personne ne l’oubliera. Il est à lui seul un objet magnifique que chacun veut garder.
Après quelques verres et de délicieux petits-fours fournis par Ici et Là, nous montons voir l’atelier. Les filles jouent avec les restes de tulle et les rubans de cuir. La bataille est finie mais pas l’aventure. Elle se poursuivra à Paris en février. Parce que la Roumanie est autre chose qu'un pays de délinquants, "Préjugés" va vous ébouriffer.
mercredi 9 novembre 2011
Haute-couture, J -1
100% RO est avant tout la rencontre d’un pays et d’un homme. Philippe Guilet a trouvé en Roumanie une nation et un peuple aux richesses méconnues. A travers 100% RO il souhaite mettre en avant la culture et l’artisanat roumains qu’il a découvert lors de ses nombreux voyages. Au-delà des préjugés, il sublime le savoir-faire de tout un pays, revisitant les traditions pour des tenues à la modernité exigeante.
Cette collection s’appuie sur les codes très marqués du style Henri VIII pour utiliser des savoir-faire provenant aussi bien du domaine vestimentaire qu’architectural. Des câbles électriques qui strient Bucarest aux bergers des Maramures, des églises de Bucovine aux cicatrices de cette Roumanie qui se reconstruit, des œufs de Pâques aux influences ottomane ou autrichienne, du plus simple des napperons aux plus précieuses ceintures, des plus grands artistes roumains aux plus modestes tapis, Philippe Guilet a appliqué, détourné et revisité un artisanat ancestral.
A l’image de ces femmes à qui elles sont un hommage, les tenues portent des prénoms roumains. Comme si Anca, Lena, Ecatarina et toutes les autres venaient vous conter leur histoire, venues de leurs villages lointains pour le grand bal de ce soir, dans la folle danse de la vie et de la mort. Vêtues du cuir de leurs bêtes, de la laine qu’elles auront tissé et de leurs colliers de perles, elles sont notre joie et notre peine dans la dignité de leurs racines. La noblesse de leur âme se lit dans leurs étoffes minutieusement travaillées, portées par l’infini de la colonne de Brancusi.
Pour mettre en place cette première collection de haute-couture absolument roumaine, Philippe Guilet s’est entouré d’une équipe 100% roumaine, jeune et bouillante de créativité qui sait, comme lui, ne pas oublier ses racines pour faire pétiller le futur.
Pour ma part, j'ai terminé hier soir les descriptions en français des 34 tenues que nous pourrons admirer demain soir lors du défilé à l'Ambassade. Un vrai travail d'écriture. Le premier en dehors de la Cafetière. Des rencontres fabuleuses et qui sait du boulot rémunéré par la suite (oui lecteur de mon blog, je suis loin d'avoir renoncé à l'idée de travailler!).
Pour vous donner un avant-goût, voici la photo parue sur forbes.ro hier.
![]() |
www.forbes.ro |
jeudi 3 novembre 2011
Ici et là, pensées vagabondes
Le rythme s’accélère à 100% RO. Les tenues arrivent au compte-goutte des quatre coins du pays. Il faut ajuster le budget, prévoir tous les détails du défilé, recruter les derniers modèles. Je rame pour finir les descriptions des tenues afin que Svetlana puisse les traduire. C’est le coup de chauffe.
Je m’accorde une pause dehors pour déjeuner. Ici et là est un restaurant français à deux pas de l’ambassade. Ambiance néo-baroque, tendance moderne, décor cosy, grande baie vitrée donnant sur la Piata Romana, couleur jaune vif des taxis, vieux immeubles évoquant Paris, surplombés de constructions en béton sans âme et sans charme, à la mode bucarestoise.
Ici foie gras et tartare de bœuf sont les ambassadeurs de la France. Cuisine de qualité, plats classiques. Un verre de vin. Là je continue de travailler, l’œil buissonnier sur les passants. Une mamie avec son sac de courses, ses grosses lunettes et son chapeau de laine rouge examine le menu depuis le trottoir. Elle me plaît. J’aimerais connaître son destin, comment elle est arrivée là et ce qu’elle pense de la vie d’aujourd’hui. La crise qui n’en finit pas, son pays en pleine mutation, en perpétuelle construction. Des jeunes femmes au corps de liane et aux grands sacs de cuir déambulent dans la rue, serrées dans leurs doudounes fourrées et leurs jeans slim. Une broche bleue sur un manteau de laine attire mon regard. Des cheveux blancs sous des chapeaux de feutre, clope au bec, les rides grises comme le ciel, les papis roumains. Le sac d’ordinateur en bandoulière, le costume sombre, le téléphone à l’oreille, le visage sérieux de ceux qui n’ont pas que ça à faire, les hommes d’affaires passent d’un pas rapide et assuré.
Retour d’une semaine turque, j’ai du mal à me remettre au roumain. Un signe de main pour demander l’addition, je finis mon café et je vais retrouver Mathilda, Lena, etcetera.
Je resterais bien là, à écrire sur le temps qui passe et les gens en mouvement, sur les conversations d’à côté, les différences capillaires, les regards furtifs, les mots qui s’échangent dans toutes les langues et qui viennent s’entrechoquer dans ma tête. Ici Bucarest, capitale de ma vie pour les trois prochaines années.
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