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mardi 4 mars 2014

Joyeux Martisor !


Le 1e mars la Roumanie fête le retour du printemps et les rubans rouge et blanc fleurissent aux bras des femmes. En effet, la tradition veut qu’à cette date, on offre aux filles et aux femmes de petits porte-bonheurs avec lien aux couleurs du feu de la vie et de la pureté de la neige, le Martisor (prononcez "martsichor"). Ils se portent principalement sous la formes de bracelets, de colliers ou de broches, mais finalement vous trouverez toutes sortes de petits objets à accrocher ensuite dans les arbres lorsque les premières fleurs apparaîtront.




Chaque année, les marchés s’installent un peu partout pour vendre des Martisoare (Martisor au pluriel) de toutes sortes. Les enfants raffolent des petits gri-gris qui en métal brillant fabriqués en séries infinies. Au marché du Musée du Paysan, des dizaines d’artistes et d’artisans viennent exposer et vendre leur production miniature, qui agrémentée du fameux ruban rouge et blanc devient un Martisor original. Impossible de ne pas craquer !



A la maison, Eglantine a confectionné ses propres Martisoare en pâte à modeler autodurcissante. Elle les a peints puis décorés avec des feutres. Nous y avons accroché le ruban rouge et blanc. Et elle les offert à ses amies hier à l’école. Hortense avaient quant à elle choisi deux Martisoare en forme de cœur au marché pour sa maîtresse et son assistante.


En fin de journée, elles sont toutes les deux revenues de l’école avec les poches pleines de Martisoare !

Cependant le Martisor n'empêche ni la pluie, ni le vent, le froid et le vrai printemps me tarde bien.

dimanche 10 novembre 2013

Miel amer


Institut Français samedi fin de matinée. Festival du FilmFrançais. A l’affiche du Cinéma Evire Popescu un film au nom sucré. "Couleur depeau : miel". Une ligne sur un papier d’adoption. Comment un petit Coréen de 5 ans adopté en Belgique résume ainsi le film de sa vie. Documentaire autobiographique, dessiné, avec films d’archives, et pèlerinage en pays d’origine une fois adulte. Tourments d’une enfance déracinée. A la recherche de soi-même dans une culture adoptée.
Nous étions trois familles. Nous avons tous pleuré. L’émotion est restée encore longtemps alors que nous marchions au soleil du boulevard Dacia. De longues discussions avec Eglantine pendant le film sur la difficulté d’aimer, de se sentir aimé, d’exprimer ce que l’on ressent, de comprendre l’autre.

Loin du dessin animé pour enfants que nous pensions aller voir, nous nous sommes retrouvés face à des questionnements à partager tous ensemble. Moment inattendu, un peu difficile, tellement intéressant.



Désormais, cependant, j’y regarderai tout de même à deux fois avant d’emmener les filles voir un dessin animé à l’Institut Français…

samedi 9 novembre 2013

Street art en moulure dorée

Zoita. Delia. Des fous rires. Des échanges dans son atelier lors de nos cours de peinture du vendredi. Ce soir j'ai emmené les filles à son exposition à la Galerie 030202. La ville était bloquée par les embouteillages. Quand nous sommes arrivées, les pochoirs s'entassaient en tas invertébré en bas du cadre d'or où la dernière œuvre de Zoita avait pris vie. Ce matin à l'atelier, Zoita finissait d'évider les grandes feuilles qui filtreraient les sprays de peintures ce soir, impression de Zoita, street art en moulure dorée.



Hortense, toujours un peu sauvage devant tant de monde, a pourtant finit par jeter son dévolu sur Aurel Tar, qui a été sa conquête de la soirée. Eglantine, quant à elle, a retrouvé Zoita qui lui a ouvert le monde de la peinture lors de mémorables stages de vacances. Quand les mots ne suffisent pas, la musique exprime la complicité. Merci Zoita pour ce beau moment !



jeudi 19 septembre 2013

Vortice Dance - Festival Enescu

L'ouverture du festival Enescu le 1er septembre avec le Staatkapelle Berlin dirigé par Daniel Barenboim nous avait enchantés, particulièrement le Concerto n°4 de Beethoven interprété par le pianiste Radu Lupu.

Le ballet contemporain de la compagnie Vortice Dance, Soliloquy about wonderland, nous a littéralement subjugués pendant une heure, trop courte, où les corps et les rêves se mélangent, ou l'amour et la folie se côtoient, où l'humanité devient palpable dans les vapeurs de la danse.

C'était ce soir à l'Opéra de Bucarest. Une parenthèse magique.



dimanche 15 septembre 2013

Lipscani, cœur historique


Petite rue piétonne qui s’étire entre la Louve du Capitole offerte par Rome en 1906 et le grand magasin Victoria aux portes duquel la modernité semble s’être arrêtée, Lipscani a survécu à tous les sursauts de l’histoire. A deux pas de la mégalomanie du centre civique, l’ancienne rue des marchands de Leipzig (Lipsca, en Roumain) a désormais donné son nom à tout ce quartier de ruelles pavées, formant aujourd’hui le centre historique de Bucarest, nichées entre la Calea Victoriei, la Strada Doamnei, Bulevardul Bratianu, et la Strada Halelor.
 
Son histoire remonte au XIIe siècle, lorsque des foires commencèrent à s’organiser à ce carrefour reliant la Route de la Soie à l’Europe du Nord sur le site de l’actuelle Piata Unirii. Avec la cour princière fondée par Vlad Tepes au XVe siècle (Curtea Veche), le pouvoir politique rejoint l’activité commerciale. Au XVIe siècle, Bucarest est incendiée par les Ottomans. Lipscani renaît de ses cendres et prend au XVIIIe siècle son nom actuel. En 1847 un immense incendie consume un tiers de la ville. Lipscani se reconstruit, alignant désormais un ensemble de façades représentant toutes les époques de son histoire.
 
Les rues du quartier portent encore les traces de la forte activité qui y régnait au temps où les han (auberges) rythmaient le quartier à l’instar du Hanul cu Tei (l’auberge du tilleul). Selari (les selliers), Blanari (les fourreurs), Caldari (les chaudronniers), les rues résonnent encore de l’activité des nombreux corps de métier présents.  Epargné par les projets de Ceausescu après le tremblement de terre de 1977, le quartier est alors abandonné aux Tsiganes. Dans les années 90, un vent nouveau souffle sur les façades délabrées. Les bars et les restaurants s’installent au milieu des vieilles boutiques et des marchands de mici.
 
Aujourd’hui Lipscani est redevenu, à sa façon, un lieu de rencontres. Si quelques boutiques de robes de mariées, de chapeaux et de tissus au charme désuet ont encore pignon sur rue, les parasols aux couleurs des marques de bière ont envahie les pavages nouvellement refaits des ruelles. David, entrepreneur français vivant et travaillant à Lipscani, apprécie le nouveau dynamisme qu’offrent cette vie nocturne et les rénovations entreprises. Ce cœur animé de Bucarest draine toutes les populations et se charge, le soir venu, d’une énergie nouvelle. Pour Antonia, jeune Roumaine active, Lipscani perd cependant de son charme en se parant des couleurs d’une fête envahissante. Elle s’y rend surtout pour la salle Rapsodia et les spectacles de pantomime de la compagnie Passepartout de Dan Puric.
 
A Lipscani, des immeubles s’écroulent faute de soins pendant trop d’années. La musique résonne à toutes les terrasses des nombreux bars. La Banque Nationale se dresse en grande dame sage au milieu des lignes de balcons décrépis. Hanul lui Manuc nous plonge dans l’histoire de Bucarest. L’illustre brasserie Caru Bere fait découvrir le Bucarest du XIXe. Et la petite église Stavropoleos concentre des trésors décoratifs, havre de paix dans un quartier en pleine mutation, plein de vie. Mais dont le prochain défi sera certainement de garder cette saveur délicieuse des lieux où histoires et Histoire se mélangent depuis des siècles.

mardi 25 juin 2013

Norman Manea dans XXI

Le numéro été 2013 de XXI est arrivé dans ma boîte aux lettres la semaine dernière. Je l'ai ouvert au hasard et me suis retrouvée en pleine interview de Norman Manea, écrivain juif roumain, né en 1936 à Suceava en Bucovine, exilé aux Etats-Unis depuis les années 80. Un point de vue sur la Roumanie par-delà l'Atlantique et les années, qui semble bien ancré dans la réalité du pays d'aujourd'hui. Très intéressant.


mercredi 17 avril 2013

Une semaine Tar

Lundi 13h. Rendez-vous chez Artmark pour découvrir l'exposition Gibraltar d'Aurel Tar. Le nom de l'artiste se retrouve dans celui du projet. Ce n'est pas un hasard. Ce projet est une enclave. Comme Gibraltar, pointe britannique en territoire espagnol. Comme ce fond rouge qu'Aurel met en scène marquant l'irrationnel du quotidien, aussi voyant entre deux vaches qu'un grossier montage sur Photoshop. Du numérique à la réalité, qui est l'enclave de quoi ?

Gibraltar chez Artmark

Mardi 21h. J'arrive sur Delea Veche. Robe rouge, bottines rouges, manteau rouge, sac rouge et téléphone rouge. Ce soir la Meeting Room d'Anca Iordan se met aux couleurs du Gibraltar d'Aurel. De l'entrée au dessert la nourriture est rouge. Autour de la table je connais presque tout le monde. Ca parle français, un peu anglais. L'expo de la veille se retrouve sur les murs d'Anca. Gibraltar, structure escamotable, joue la bande originale du film de la soirée derrière Aurel et Paul. Paul est un ami d'Aurel. Il organise une série de happenings pour nous faire réfléchir à nous, à l’œuvre, à ce que nous connaissons d'Aurel Tar et de Gibraltar. Une très belle soirée.

Meeting Room en rouge avec Aurel Tar

samedi 9 mars 2013

Mucenici, les gâteaux du 9 mars


Mucenici signifie « martyrs » (prononcez moutchenitch). C’est aussi le nom des gâteaux du 9 mars. Leur forme de huit rappelle de façon stylisée les corps des 40 martyrs de Sébaste (Sivas en Turquie), persécutés par Licinius en mars 320. Ces soldats chrétiens ont été forcés de passer la nuit sur un lac gelé, complètement nus. On leur promettait un bain chaud en échange du reniement de leur foi chrétienne. Ils étaient tous morts au lever du jour.

http://www.petitchef.ro
Invités aujourd’hui chez des amis roumains, nous avons mangé des mucenici moldaves. Les gâteaux sont des brioches arrosées d’un sirop à base de sucre, de miel et d’orange, ensuite parsemées de petits morceaux de noix.

La version valaque garde la forme en huit mais les gâteaux, beaucoup plus petits, sont cuits et présentés dans un bain d’eau et de sucre, avec du miel, de la cannelle et des noix. Ce bain symbolise le lac où furent noyés les martyrs.

Valaques ou moldaves, les mucenici ne se mangent que le 9 mars.

vendredi 1 mars 2013

3x12 fotografii

Le 122 de la Calea Victoriei ne porte pas de numéro. Un large porche sombre. Nous poussons la grille, jetons un œil sur les deux seules enseignes éclairées, apercevons des gens qui fument et discutent au niveau de l’autre sortie de la cour. Nous poussons encore une grille et trouvons la Galerie Kodex, finalement plutôt Strada Piata Amzei que Calea Victoriei.

La galerie est au sous-sol d’une boutique d’encadrement. On y descend par un étroit escalier en colimaçon. Les marches exiguës en métal gris mènent à la salle largement baignée de lumière où sont accrochées les 3x12 fotografii de trois jeunes photographes. Chacun expose douze photos, d’où le nom de l’expo. Dragos Dumitrescu est un des meilleurs amis de Zoita. Voilà comment je suis arrivée là. Les trois artistes exposés se connaissent depuis longtemps. Dragos m’explique que les photos sont mélangées, mettant en avant la complémentarité de leurs travaux. Le fil directeur n’est pas la beauté mais l’atmosphère et le questionnement.



De fait les 36 photos dégagent un sentiment commun, celui d’une profonde solitude de l’homme. Perdu dans des décors urbains décrépis, l’homme est relégué dans un coin ou au bas du cadre, les pieds coupés, perdant son lien avec la terre.  Les murs prennent toute la place, transpercés de fenêtres minuscules, puits de lumières inaccessibles. Ils sont décrépis, fissurés, parfois saturés de couleur, souvent ternes ou carrément en noir et blanc. L’animal lui aussi ne profite d’aucune liberté, d’aucune espérance. Un âne coincé entre des murs. Un cheval à la perspective bouchée par les pieds des hommes qui l’entourent. Et même cet oiseau qui de loin rappelle une colombe en vol, n’est qu’un pigeon en train de se poser dans une cour minuscule où la seule porte de sortie aux moulures en mousse expansive est désespérément hermétique.


3x12 fotografii n’est pas une expo qui repose. Chaque photo nous ramène à notre propre claustration dans les murs de nos pensées, nous obligeant finalement à la dépasser pour retrouver cet espoir qui fait vivre !

Joyeux Martisor


A la sortie des métros, dans tous les magasins, jusqu’aux marchés spécialement organisés pour lui, le Martisor  (prononcez martsichor ) est partout depuis quelques jours. Tressé de fils rouge et blanc, cet objet, certes tout petit, est pourtant fort de nombreux symboles. Offert généralement aux femmes et aux enfants le 1er mars et dans les jours qui suivent, il incarne le retour du printemps. Même s’il est aussi devenu un évènement commercial, les traditions qui lui sont attachées restent très présentes dans le cœur des Roumains.

Le rouge du sang vigoureux, de la chaleur du soleil, de la lumière, de la vie et de l’amour se lie au blanc pur de la neige, de la paix et d’une longue vie.  Pour que l’année soit entièrement réussie et placée sous une bonne étoile,  un petit porte-bonheur complète généralement ce talisman. Fer à cheval, coccinelle, perce-neige, tortue, trèfle à quatre feuilles… Il se noue autour du poignet ou se porte en broche. Et pour que cette vieille râleuse de Baba Dochia vous protège (elle qui a fini transformée en pierre par un retour du gel après avoir abandonné un à un ses neufs manteaux alors qu’elle était partie trop tôt pour la transhumance), il faut accrocher votre martisor aux branches d’un arbre dès que vous apercevez la première fleur du printemps (ou la première hirondelle, ou la première cigogne).

Bon je simplifie certainement un peu la signification du martisor, et son histoire, mais il semble y avoir tellement de versions différentes que je suis allée au plus simple. Une chose est sûre, à partir du 1er mars, vous verrez toutes les filles et femmes de Roumanie avec un lien tressé de rouge et de blanc au poignet, version bling-bling ou recyclée, en tissu ou en plastique, fait main ou en Chine, en papier voire à croquer.

Chance ou pas, le martisor nous apporte du bonheur. Les filles et moi nous régalons chaque année à les choisir. Et à les offrir !

Martisor en bois sculpté avec les motifs traditionnels roumains.
Au marché du Musée du Paysan.



lundi 21 janvier 2013

Hommage à Eminescu

Jusqu'au 31 janvier on peut voir dans la mezzanine de la Bibliothèque Nationale de Roumanie une belle exposition d'arts plastique et décoratif autour des œuvres d'Eminescu. Les artistes ont joué aussi bien sur la forme du livre que sur les thèmes des poèmes de ce grand poète national roumain.


lundi 10 décembre 2012

La céramique d'Horezu au patrimoine de l'UNESCO


Le savoir-faire de la céramique traditionnelle de Horezu est inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis jeudi dernier.

Tous les détails sur le site de l'UNESCO.

jeudi 6 décembre 2012

Mask


La galerie Demisol c'est le sous-sol de l'école des Beaux-Arts de Bucarest qui abrite la section graphisme. Florin Stoiciu y exposait aujourd'hui un petit quart des 3500 dessins qu'il a réalisé pour réaliser ce petit film d'animation : Mask.



Le dessin animé passait en boucle sur l'écran. Le couloir était tapissé de ces dessins en noir et blanc, rehaussés d'un rouge sombre ou d'une touche de vert, donnant vie à un film à la fois calme et nerveux, à cette femme dont les mouvements sont amplifiés par les différences des traits d'un dessin à l'autre, lui imprégnant une certaine fébrilité, quand bien même elle est calmement accoudée à une fenêtre. Elle devient presque un toréador alors qu'elle se bat avec un grand drap rouge, légèrement cachée derrière un verre de vin suggestif.

Et toujours ce masque rouge qui vole autour d'elle, tantôt papillon léger, tantôt ombre menaçante, qui l'emprisonne parfois, dessine sa silhouette, oiseau traversant finalement l'écran dans un lent bruissement d'ailes.


Le mythe national roumain



Notre guide nous a d’abord montré la galerie du MuséeNational d’Art Roumain (MNAR) où sont exposés les portraits de riches familles roumaines au début du XIXe siècle. A cette époque la Roumanie est encore divisée en trois principautés (Transylvanie, Moldavie et Valachie) sous la tutelle de trois empires (Austro-Hongrois, Russe et Ottoman). Les costumes des hommes sont encore très orientaux alors que l’Occident influence déjà beaucoup la mode féminine. Les peintres ne sont pas de grands maîtres mais bien souvent des itinérants qui travaillent à la commande pour les grandes familles des villes où ils passent. L’art de la fresque et de l’icône sur bois se fait encore sentir dans ces portraits parfois encore proches de l’art naïf.

Lorsque les jeunes Roumains des années 1830 rentrent de leurs études en France, ils ont les idées politiques modernes en tête. De même pour l’art. En même temps que naît l’état roumain, l’art se modernise autour du mythe national roumain. De la révolution de 1849, en passant par l’unification de la Moldavie et de la Valachie en 1859, l’arrivée de Carol Ier en 1866, la guerre d’indépendance de 1877 et jusqu’à l’Entre-deux-guerres, l’art s’empare de l’histoire et l’histoire se vit dans l’art.

Constantin Daniel Rosenthal, La Roumanie brise ses chaînes sur le champ de la Liberté, 1848

Les grands peintres nationaux sont envoyés en reportage sur les champs de bataille où se défend la création de la Grande Roumanie. Les allégories de la Roumanie se multiplient. L’identité nationale se forge autour du costume traditionnel des paysans roumains.  Theodor Aman (1831-1881) crée les Beaux-Arts de Bucarest et Nicolae Grigorescu (1838-1907) fonde la peinture moderne Roumaine après être allé aux Beaux-Arts de Paris et avoir fréquenté l’école de Barbizon.

Impressionnisme, pointillisme, fauvisme, tous les courants de peinture qui bouillonnent au début du XXe siècle se transposent dans la vie quotidienne roumaine. Et les paysans de Camil Ressu (1880-1962) me font penser aux tahitiennes de Gauguin.

Merci à l'équipe des Visites de l'afb de nous offrir ces belles découvertes.

lundi 16 juillet 2012

Fabrica de Arta


De l’artisanat à l’art ou de l’art à l’artisanat, pourquoi choisir ? Dès septembre je m’installe avec Zoita dans son nouvel atelier pour écrire sur les artisans et continuer mes cours de peinture. Juste à côté de l’énorme bâtiment du Parlement, Jan Albu s’est installé dans le bâtiment administratif de l’ancienne usine de bière Rahova. A en croire les derniers calendriers sur les murs, l’usine n’est désaffectée que depuis 2002. Mais les squatters qui ont occupé les lieux cette dernière décennie ont arraché tout ce qui avait de la valeur, des moulures aux radiateurs en fonte. Et si l’ascenseur a disparu de sa cage et que la rampe du grand escalier est partie voir du pays, il n’en reste pas moins des murs solides et de magnifiques planchers. Baigné de lumière, le bâtiment laisse entrevoir une grandeur décatie, du temps où il était encore un palace.


La future galerie d'art


Le nouveau propriétaire du lieu a donné carte blanche à Jan Albu pour redonner vie à ce bâtiment et en faire un centre de création et d’exposition de l’art contemporain. Jan a installé son atelier au rez-de-chaussée, Zoita est au premier étage. Deux autres artistes partagent cet espace avec eux. Zoita, ou Delia, nous invite à utiliser une des nombreuses pièces de son nouvel espace pour peindre avec elle. Ce que nous ferons dès la rentrée. Elle m’autorise également à venir écrire dans cet espace, loin des perturbations de la maison. Je peux donc dire aujourd’hui que j’ai un bureau. Quelle nouvelle ! Et quelle aventure ! Il y a tout à faire dans ce bâtiment et je sens que cette histoire va être pleine de rebondissements. Déjà Delia nous promets plein de changements pour septembre car ils vont tous travailler d’arrache-pied pendant l’été pour restaurer le bâtiment.


L'atelier de Jan Albu


En attendant, ce lieu a déjà un charme incroyable. Dans une végétation sauvage qui a envahi le parc, nous garons nos voitures sous de grands arbres. De vieux chiens écrasés par la canicule nous regardent de leur air débonnaire. Un bureau esseulé prend le frais sous les feuillages. Jan Albu nous attend devant la lourde porte en verre et fer forgé. J’aime déjà ce lieu. Le café est servi. Delia a amené un gâteau aux pommes. Nous nous installons dans l’atelier de Jan, au milieu des pinceaux et de ses tableaux. Roumain, anglais, français, nous discutons. Jan, c’est le minotaure. Il hante ses tableaux comme le labyrinthe de Dédale. Dans un bruit de couleurs dont les couches successives apparaissent par grattage, les personnages de ses tableaux se confrontent. Les traits fourmillent. La vie prend forme entre force et violence, symbolique et étrange, belle et choquante. Qui mieux que lui peut redonner vie et couleur à ce bâtiment maltraité ?


Jan Albu

Delia nous accompagne, nous guide et nous accueille dans cet espace dont elle fait déjà partie. Il n’y a pourtant que deux semaines que l’installation a commencé. Mais ce lieu a une dynamique étonnante, qui se marie bien aux œuvres des artistes qui y sont installés. Nous nous sentons honorées que Delia nous prenne avec elle, nous fasse partager cet endroit.

Quand les peinture de Zoita prennent possession des murs.


Dans les étages, les vielles plaques indiquent encore les fonctions de chaque pièce. Archives, bureau du directeur, comptabilité… De vieilles cartes de travail avec les photos des employés traînent encore sur un bureau plein de poussière. Là ce sont les étiquettes abandonnées qui s’amoncellent au bas d’un escalier. Camille, 10 ans, joue les archéologues. Les mains dans la poussière, il cherche les traces des anciens occupants dans un enthousiasme communicatif. Sophie accumule tout ce qu’il trouve dans « notre » atelier. Elle a déjà en tête un collage avec tous ces morceaux de vie. Delia semble  heureuse de nous voir succomber au charme du lieu. Les projets fusent pour la rentrée.



Vues de l'atelier de Zoita


Nous nous quittons le sourire aux lèvres. Rendez-vous pris en septembre pour continuer l’aventure !