samedi 22 octobre 2011

Le quartier Cotroceni

 

Au 17e siècle les moines orthodoxes s’installèrent sur une colline boisée non loin de Bucarest. Cotroceni tire son nom d’un verbe ancien qui signifie cacher, rapport à cet ermitage où les moines venaient se couper du monde. Deux villages étaient établis dans la région, à proximité de la Dâmboviţa pas encore canalisée.

Du village attaché au monastère il ne reste même plus l’église de Cantacuzène détruite en 1985 par Ceausescu alors que le palais de Cotroceni était devenu une résidence d’état depuis 1977. Ce palais avait été construit en 1888 pour le premier roi de Roumanie, Carol Ier, à la place du monastère originel.

De l’autre village il reste la jolie petite église du 17e perdue au milieu d’une rue, une voie de chaque côté. La porte sculptée est une merveille et les vitraux jettent les rayons du soleil sur les peintures religieuses qui couvrent les murs du sol au plafond. Douceur et spiritualité, pierre, bois et peinture, ce lieu m’a beaucoup touchée.

Nous avions d’abord visité  l’église St. Elefterie. Datant du 18e siècle, elle se trouvait alors sur une île de la Dâmboviţa. Aujourd’hui elle est bordée d’une rue passagère mais sa silhouette rouge et blanche se découvre avec plaisir derrière les arbres aux couleurs de l’automne du square attenant. Outre les peintures et dorures qui ornent ses murs intérieurs, le grand moment de cette visite fût pour moi l’arrivée du prêtre orthodoxe drapé de son phelonion blanc et or, silhouette imposante portant une bible recouverte d’argent, accompagné d’un chant grave, prenant et spirituel, semblant toucher directement le Christ peint au sommet de la coupole.

Dans un registre plus moderne, le quartier de Cotroceni abrite des monuments à la gloire des héros anonymes mais remarquables. D’abord Eroilor Sanitari ( les Héros Sanitaires)qui fût le point de départ de notre visite. Datant de 1932 ce monument fût érigé à la gloire de ces médecins, infirmiers et autres volontaires qui aidèrent les blessés de la première guerre Mondiale.

Cotroceni est le quartier de la médecine. Les rues portent les noms de médecins célèbres. En effet c’est là que le célèbre médecin Charles d’Avila a ouvert l’Académie de Médecine en 1869, apportant à la Roumanie la médecine moderne, ayant mis au service de ce pays ses idées, son savoir et sa force de caractère.

Enfin, devant l’Académie Militaire se trouve le monument Eroilor Patriei (les Héros de la Patrie). Les armées de terre, de l’air et la marine y sont figurées par trois soldats anonymes. Lové dans un arc de cercle en contrebas de l’académie, le monument est cerné à gauche par une fresque représentant l’histoire de la Roumanie, des Daces à l’indépendance, à droite par l’histoire de la Roumanie communiste. 2000 ans d’histoire y ont donc autant de place que moins d’un demi-siècle. Vous l’aurez deviné, ce bâtiment a été érigé sous la dictature de Caucescu (1957).

Pour finir nous avons longé le palais de Cotroceni et admiré la facade de l’Académie de Médecine devant laquelle se dresse la statue de Charles d’Avila. Outre les monuments principaux qui ont rythmé cette visite, nous avons toutes particulièrement apprécié prendre le temps de marcher dans des rues oubliées des voitures, appréciant l’architecture des vieilles maisons aux noms de jeunes filles, les portails en fer forgé et la végétation abondante. Sans oublier d’admirer la jolie fontaine aux lions de l’impasse Costache Negri.

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Première découverte de l'artisanat roumain

Petit moment précieux avec Hortense, nous voilà parties seulement nous deux au Musée du Village. Je voulais voir le marché d’artisanat roumain qui s’y tient tout le week-end. Le ciel est gris mais le temps n’est pas très froid. Hortense est bien emmitouflée et ses yeux rieurs brillent de l’enchantement de se promener.



Dans les cours des maisons ou dans les allées, les artisans exposent leur travail. Poteries, broderies de fils et de perles, œufs peints, icônes sur verre ou sur bois, blouses brodées, tapis et couvertures colorés, masques effrayants, objets en bois sculpté, ceintures de berger en cuir. Je craque pour un superbe manteau en laine rouge bordé de galons noirs venu de Transylvanie. Magnifique !




Au centre de ce village de composition, synthèse de tous les villages de Roumanie, une scène a été installée. Déjà les musiciens et les danseurs sont en place. Hortense et moi nous installons au premier rang. Nous profitons ainsi pleinement de la belle prestation de cette troupe de danse traditionnelle roumaine, joyeuse et enlevée.





S’il nous faut déjà rentrer, j’ai passé un moment délicieux avec mon petit poussin et j’ai envie de partir à la découverte de ces régions de Roumanie à l’artisanat abondant et aux traditions marquées.

Faire des bébés

Eglantine : "on dirait que tu vas faire une bébé là !"
Elle voit que je ne saisis pas.
"Ben oui parce que la dernière fois quand tu as fait Hortense c'est parce que tu as fait un câlin à papa !"
Effectivement j'étais serrée contre Olivier...

Allez, finalement je ne suis pas pressée de lui expliquer comment on fait les bébés.

mercredi 19 octobre 2011

La deuxième de Second Chance

Deuxième visite à Second Chance. Ce ne sera pas la dernière parce que définitivement c'est fabuleux. Le plaisir d'aider ces femmes qui veulent s'en sortir, de partager l'enthousiasme de Cosmina, de faire quelque chose de beau, de se retrouver au milieu de ces villageoises roumaines, d'apprendre la mosaïque, de partager un bon repas et un bon moment avec les copines !

mardi 18 octobre 2011

Paumée avec Van Gogh

Lipscani. Le centre historique de Bucarest. Comme un air de Paris.



Je suis la première. Le temps de commander une limonade et Géraldine arrive avec son groupe photo. Ce soir elles ont pour mission de prendre des clichés de l’ambiance du Café Van Gogh. Quand je les vois équipées de leurs gros appareils je me sens toute petite. Balance des blancs, iso, elles arment leurs machines, confrontent leurs réglages. Je m’intéresse. J’ai au moins l’avantage de ne pas être timide et je regarde comment elles font. Du coup je fais des tentatives. Forcément c’est pas terrible. Et je perds mon œil avec la frustration de ne pas savoir faire.

Les clients n’ont pas envie qu’on les prenne en photo. A leur décharge cette armée de femmes cachées derrière leurs gros objectifs a quelque chose d’imposant dans l’ambiance tamisée de ce café branché. Hauteur sous plafond, art moderne et décalé, moulures et colonnes sculptées, papier cosy des magazines, portes colorées, tintements de verres et brouhaha de soirée, ce café est accueillant et chaleureux. Légèrement irrespirable avec la fumée des cigarettes qui viennent s’entasser dans les cendriers.

Je laisse tomber l’appareil pour croquer les mots sur mon Ipad qui finalement me laisse en rade. Mes mots tombent à l’eau. Drôle de soirée un peu à côté. De la plaque, de la photo et des mots. Je rentre. Demain je vais appeler le prof de photo.

Je laisse Van Gogh avec sa pipe et son bandage regarder le café se vider. Ce soir je dois avoir l'air aussi paumée que lui.

lundi 17 octobre 2011

Parler roumain


Conjuguer les verbes en roumain. Quatre groupes dont deux avec des sous-groupes qui ont des règles différentes, des centaines de verbes irréguliers, des verbes réguliers avec des aspérités phonétiques, des verbes irréguliers avec des aspérités phonétiques, sans compter les exceptions.
Il va me falloir un miracle, une iconostase dans mon salon, un fer à cheval et un trèfle à quatre feuilles ou beaucoup de travail…

samedi 15 octobre 2011

Une journée spéciale

Il y a ceux qui me l’ont fêté en avance, ceux qui m’ont téléphoné, ceux qui m’ont envoyé un mail, ceux qui ont mis un mot sur Facebook, ceux qui me l’ont souhaité un peu après, ceux qui me l’ont souhaité devant l’école, ceux qui me l’ont souhaité en français, en turc, en roumain et même en portugais et ceux qui n’ont rien dit mais qui y ont pensé (enfin j’espère).

Il y a Elena qui est arrivée avec un bouquet de fleurs. Il y a Harmonie et Antonia, ma prof de Roumain, venues avec des cadeaux et avec qui j’ai partagé une bonne tarte aux poires plantée de quelques bougies avant de commencer notre cours. En retard forcément, animé des éclats de rire du cidre savouré avec la tarte.

Il y a Ljiljana et Aurore qui ont improvisé un goûté surprise avec leurs filles parce qu’elles savaient que le mercredi soir je suis toute seule. Gâteau au chocolat, bougies, cadeau, banderole faite par les petites mains des filles de Ljiljana, tout y était. Mon émotion aussi pour cet anniversaire plein d’attention et de gentillesse de celles que je ne connais que depuis quelques semaines.

Il y a Eglantine et Hortense qui m’ont fait des peintures magnifiques et qui mettent tant de soleil dans ma vie.

Mais surtout il y a Olivier qui a ouvert la porte vers 19h, revenu spécialement pour cette soirée avec moi. Il n’aura pas passé la nuit à Pitesti. J’ai mieux compris pourquoi Elena était restée si tard. Il avait réservé une table chez Isoleta, un restaurant italien au bord du lac. Nous y sommes allés à pied, en amoureux, traversant le parc à la lumière tamisée des lampadaires. Verres de bulles, antipasti et tagliatelles fraîches préparées au cœur d’un énorme parmesan puis couvertes de copeaux de truffe. Cerise sur le gâteau d’une soirée avec mon homme, rien que nous, les yeux dans les yeux, la main dans la main alors que les arbres endormis nous regardaient rentrer à la maison.

Attention, tendresse et gentillesse, mercredi j’ai eu 35 ans et j’aime encore plus la vie !

Rodica

Nous nous étions donné rendez-vous pour déjeuner à la maison. D’un nom dans un livre, d’une voix au téléphone, Rodica est entrée dans notre vie quand la sonnette a retentie samedi dernier. Déjà une semaine. Il me semble que c’était hier. Rodica est la femme d’Alex Décotte, l’auteur de « Roumanie insolite », ce livre qui a attisé ma curiosité pour notre nouveau pays d’accueil et qui me l’a fait apprécier avant même d’y arriver.
Rodica et Alex, une belle histoire d’amour qui a su attendre presque vingt ans pour se réaliser. Alex l’amoureux de la Roumanie, Rodica la belle Roumaine. Cheveux sombres, teint clair, les yeux pétillants, j’étais impressionnée de rencontrer cette femme sortie d’un livre. Elle a la chaleur d’un feu d’hiver et Eglantine ne s’y est pas trompée qui l’a tout de suite adoptée. Avec elle Rodica a eu la patience enjouée de l’enseignante aguerrie. Pour nous ce fût un plaisir immense de la recevoir, de discuter et d’échanger sur cette Roumanie qui nous a rapprochés.
Puis j’ai laissé tomber mon programme de l’après-midi pour me rendre avec elle à une exposition de photos montée par sa sœur dans une salle du Musée du Paysan. Réalisée à l'initiative de deux associations de défense du patrimoine architectural de Bucarest, l'exposition avait pour but de sensibiliser les habitants de la ville à la richesse de leurs bâtiments. Ils racontent l'histoire de la ville mais sont copieusement laissés à l'abandon, abîmés puis carrément détruits pour construire des tours modernes et sans âme, nettement plus rentables pour les promoteurs et la municipalité. Pourtant 14% de la ville est classée zone protégée. Mais dans la mesure où la mairie traîne pour en recenser les bâtiments, la porte est ouverte pour les détruire sans bruit.

L'association Salvati Bucurestiul mène des actions juridiques pour sauver l'histoire de sa ville et recense photo par photo les bâtiments censés être protégés. Sur les cartes de l'exposition, le visiteur pouvait situer les maisons en danger. Les photos marquées d'une croix rouge étaient malheureusement désormais la seule trace de cette histoire tombée en poussière sous le coup des bulldozers.

La municipalité n'était pas présente au vernissage de l'exposition. Elle avait été invitée.

Mot d'excuse : j'ai bien noté les noms des associations et de leurs représentants, mais je ne remets plus la main sur ce bout de papier au moment où j'écris ce billet. J'espère donc le mettre à jour prochainement, dès que ce précieux document ressort du fatras de mes sacs.

vendredi 14 octobre 2011

Découvrir la richesse de la Roumanie

La richesse de la Roumanie se cache en grande partie dans ses campagnes. C'est pour la préserver et la mettre en valeur que le Musée du Village a été créé. Des maisons aux églises en passant par les moulins, les fours, les granges et tout ce qui fait la vie rurale, l'essence des villages roumains a été transportée au bord du lac Herastrau dans Bucarest. Ici, pas de reconstitutions. Les bâtiments ont été démontés puis remontés à l'identique. Les inévitables restaurations sont entreprises avec les artisans des régions d'origine afin de ne pas commettre d'erreur, d'utiliser les bonnes techniques.

En quelques pas le visiteur sillonne le pays, de la Transylvanie à la Moldavie, des plaines de Valachie au delta du Danube. Si vous visitez ce musée, vous ferez votre propre itinéraire, découvrant l'intérieur de ces maisons typiques, et les costumes traditionnels de ces villages sur les panneaux explicatifs. Mes impressions se sont personnellement fondues dans un dédale d'idées, de couleurs et de douceur, ignorant la géographie.

Couleur bleue de ces petites fontaines disséminées dans le musée. Douceur d'un puits au milieu des arbres se parant des premières couleurs de l'automne. Saison qui annonce le grand froid de l'hiver où il fera bon boire un verre de Tuica ou de Palinca, ces alcools de prune distillés une ou deux fois que les villageois font eux-mêmes, comme en témoignent les grandes barriques et les distillateurs.


De ces hivers blancs où la neige recouvre tout, où se déplacer devient impossible, sont nées des maisons qui vivent en autarcie. Les vastes greniers et les granges permettent d'y entasser les provisions nécessaires. Et chaque maison dispose dans sa cuisine d'un métier à tisser qui servira à transformer la laine en de belles couvertures chaudes et colorées.



Les toits pentus recouverts de lamelles de bois permettent de faire tomber la neige. Et pour dégeler les clochers des églises, il suffit d'utiliser les ondes sonores. Qui sait bien faire sonner sa cloche saura  faire tomber la glace. Dans la plaine de Valachie où les envahisseurs passent en vagues, seuls les toits de chaume dépassent du sol où les maisons sont à moitié enterrées, parfaitement invisibles lorsque la neige les recouvre. Dans le delta du Danube le bois est plus rare et d'épaisses couches de roseaux recouvrent les maisons blanches sur lesquelles éclatent les huisseries bleues.



Seules quelques maisons autrichiennes ont un toit de tuiles, très bourgeoises au milieux de la mélancolie rustique du reste du musée. Chaque maison a son histoire et ce musée semble pouvoir prendre vie en un souffle. Déjà les potagers sont entretenus, les poules surveillent leurs poussins sous la vigilance de coqs fiers et colorés et les chats viennent se frotter contre nos jambes. Au coin d'une bâtisse nous apercevons une femme qui balaie les feuilles mortes d'une cour avec son balai de branchages. Et je verrais bien une vieille paysanne avec sa longue jupe brodée et son fichu sur la tête derrière les fourneaux d'une maison transylvaine, son homme parti boire un coup à l'auberge.



Je voyais courir les enfants dans les cours protégées de palissades en branchages dont le tressage magnifique doit repousser le mauvais sort. La magie et les légendes se croisent le soir au coin du feu, se transmettent comme un trésor et s'étoffent des bruits du vent et des ombres de la nuit.


La journée la vie bat son plein et chacun accomplit ses tâches, passant de la maison à la grange et du puits au champ. Dans les rues en terre, les voisins se retrouvent, s'abritant sous un portail, s'asseyant sur un banc, dissertant sur les prochaines récoltes, la chaleur de l'été et les filles à marier. Qui sait si la cadette Popescu trouvera son bonheur, exposée dans sa charrette avec sa dote à la prochaine foire aux filles ?



Si les légendes se tissent dans la chaleur du bois, l'Eglise et ses icônes sont partout présents, avec ses saints, ses patriarches et ses patrons, ses chérubins et séraphins. Sur les murs des églises démontables, les peintures naïves d'une grande beauté décrivent l'enfer et le paradis, le jugement dernier et la vie des croyants rythmée par les douze fêtes annuelles.

Si la communauté a un peu d'argent, elle pourra installer une église plus grande et plus riche en icônes. Mais le bois est précieux et l'ancienne église démontée pourra être revendue sur un marché à quelque village voisin. C'est ainsi que l'on trouve en Roumanie des églises en bois portant la mention de leur village d'origine.


Le temps a passé, si vite, si plein des explications de notre guide que je ne l'ai pas vu filer. Ce ne fût finalement qu'une copieuse mise en bouche de prochaines explorations de cette Roumanie au pas de ma porte, de ce village aux milles facettes et 85 maisons.


Merci l'afb pour cette visite !

Mon Hortense en sourires

Petits yeux qui se plissent, fossette qui se creuse, sourire qui fend le visage, éclat de rire de dauphin coquin, Hortense me fait craquer quand elle prend son air fripon-charmeur.